lundi, décembre 28, 2009

Voici d’où ont été embarqués les esclaves ivoiriens


Malheureusement ces sites restent très peu connus. Il s’agit notamment du fort de Dabou, de la grotte de Drewin ou prison d’esclaves, du site d’embarquement des esclaves de Lateko ou ancien port de Sassandra, du point de rassemblement des esclaves au large de Tabou. Ces sites sont au centre des préoccupations de la fondation DiversCités. En prélude à la tournée africaine du président de la fondation européenne du mémorial de la traite des Noirs, M. Karfa Diallo, qui aura lieu au deuxième trimestre de l’an 2010, le président du comité d’organisation de cet événement, M Dosso Raoul Gagnéty est en séjour depuis peu en Côte d’’Ivoire pour prendre les dispositions visant à garantir le succès de ce rendez-vous. C’est dans ce cadre qu’il a conduit une délégation d’anciens de la ville de Bordeaux en France pour rencontrer le maire de la commune de Grand-Bassam, Jean Michel Moulod. Il s’agit non seulement de lui présenter le projet, mais également de souhaiter le parrainage de cet évènement. Il faut savoir que cette démarche se justifie par le fait que le maire de la cité balnéaire ivoirienne a pris part, en tant qu’invité spécial, aux dernières festivités commémoratives du souvenir de la traite des Noirs qui ont lieu à Bordeaux le 23 août dernier. « Au regard de la spontanéité avec laquelle vous avez répondu à notre invitation alors que cela ne faisait pas partie de votre programme initial, nous avons été convaincus que vous pourriez être notre interlocuteur, mieux un appui fiable sur le terrain ici en Côte d’Ivoire. Ne nous fermez donc pas votre porte car vos premiers actes nous ont amenés à placer notre confiance en vous », a déclaré M.Raoul Dosso. S’agissant du combat à proprement parler que mènera la fondation DiversCité pour le cas spécifique de la Côte d’Ivoire, l’émissaire du président Karfa Diallo a indiqué qu’il s’agira de ‘’dépoussiérer ’’ tous ces sites ivoiriens ayant servi de point de site dans ce commerce triangulaire. Le sens de ce combat est non seulement la préservation de ces sites, mais aussi de faire en sorte que l’UNESCO en fasse ses propriétés. Pour sa part, le maire de Grand Bassam, qui a apprécié la démarche de la fondation, leur a promis son soutien en tout en appelant à leur sens de la responsabilité. Car selon lui, c’est seulement des actes qu’ils poseront sur le terrain que dépendra le succès des actions de la fondation. Ainsi, à l’image de Goré au Sénégal, la Côte d’Ivoire regorge de nombreux sites ayant servi dans la traite négrière.

Germain Dja

mercredi, décembre 02, 2009

Les Bourguignons qui ont (dé)fait les chaines de l’esclavage



Entre 1620 et 1848, la France développe la traite négrière de façon très active. Près de 4 millions de femmes, hommes et enfants issus d’Afrique ou des colonies françaises ont ainsi connu l’esclavage, aboli par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 mais rétabli en 1802 par napoléon Bonaparte. L’esclavage ne sera donc définitivement aboli qu’en 1848. Éloignée des côtes maritimes, la Bourgogne n’est pas à proprement parler une région « négrière ». Pourtant, quelques natifs de la région ont laissé leur trace dans cette histoire douloureuse...

Philippe Chrétien et Antoine Lorin, esclaves dijonnais

Saviez-vous que les « Européens » couraient eux-aussi le risque de devenir esclaves ? Jusqu’au XIXème siècle, les pays musulmans en accueillent un certain nombre. Les pirates écument la Méditerranée mais aussi l’Atlantique et la Mer du nord. L’ordre des Trinitaires est créé dans le but de racheter les esclaves. Sur leurs listes figurent de nombreux Bourguignons. En 1731 par exemple, deux Dijonnais sont libérés des galères de Constantinople : Philippe Chrétien, esclave depuis 17 ans, et Antoine Lorin.

Granger, chirurgien des esclaves Chrétiens


Tortochot dit Granger est né à Dijon au début du XVIIIème siècle à une date inconnue. Après quelques années comme chirurgien en France, il accepte en 1723 d’être nommé à l’hôpital de Tunis entretenu par l’ordre des Trinitaires. Il y soigne les esclaves Chrétiens. Granger quitte Tunis en 1728 dans l’espoir de devenir chirurgien-major en France. N’obtenant pas ce poste, il se spécialise dans les sciences naturelles et voyage en Méditerranée : Chypre, Palestine, Égypte, Syrie, Perse... il raconte ses découvertes et voyages dans un écrit en 1730. Granger meurt à Bassora en 1734.

Jean-Bernard Bossu, le Bourguignon devenu chef d’une tribu amérindienne


Né à Baigneux-les-Juifs (Côte-d’Or) en 1729, destiné comme son père à la chirurgie, le jeune Jean-Bernard préfère s’engager dans l’armée. En 1754, âgé de 25 ans, il entre dans la marine et est envoyé en détachement chez les Akansas, une tribu amérindienne. Il apprend leur langage et est même nommé chef de tribu après avoir subi diverses épreuves, dont celle du tatouage complet : « C'est une sorte de chevalerie où l’on n'est admis que pour des actions éclatantes », écrit-il dans ses mémoires. Il repart en France pour se reposer puis retourne chez les Alibamons. De retour en France, il est embastillé à son arrivée. Toutefois, le roi le réhabilite et lui donne une pension de grade de capitaine et la croix de Saint-Louis. Il finit ses jours en Bourgogne et meut à Montbard en 1792.

Jean-François Landolphe, esclavagiste et ennemi des Anglais

Né à Auxonne le 5 février 1747, le jeune Landolphe renonce lui aussi à sa carrière de médecin et s’embarque à 20 ans en qualité de secrétaire sur un vaisseau de commerce en partance pour Saint-Domingue. Il gravit les échelons et, quelques voyages aux Antilles et en Afrique plus tard, alors âgé de 21 ans, il devient capitaine. Il développe le commerce des esclaves africains et inaugure un comptoir au Bénin pour le faciliter. Le capitaine n’hésite pas à créer des liens avec les chefs des contrées pour développer son commerce. Cela est décrit de façon caricaturale dans plusieurs ouvrages : « Le souverain indigène se répandit en protestations d’amitié, ne cacha pas les sentiments de haine qu’il nourrissait contre les négociants anglais, et consentit à tout ce qu’on lui demandait » [« Le capitaine Landolphe », Paul Gaffarel, 1907].

Les affaires marchent bien et Landolphe construit même un fort. Les Anglais, « pour empêcher le progrès d’une colonie naissante », détruisent l’établissement en 1792. Le Bourguignon se rend alors en Guadeloupe mais les Britanniques reviennent à la charge : il est fait prisonnier et conduit à Portsmouth, d’où il s’échappe. En 1795, il est élevé au grade de capitaine de vaisseau et effectue alors quelques croisières dans les Antilles. Une nouvelle fois capturé à Rio de Janeiro par les Anglais, il prend sa retraite lors du traité de paix d’Amiens en 1802. Il retourne en France, rédige ses mémoires et meut à Paris en 1825.

Mère Anne-Marie Javouhey, anti-esclavagiste convaincue




Née à Jallonges, près de Seurre, le 10 novembre 1779, Anne-Marie Javouhey prononce ses vœux à l’âge de 19 ans. Elle fonde une congrégation en 1806 à Autun avec trois de ses sœurs et son frère Pierre, sous le patronage de Saint Joseph. En 1812, la communauté s’installe à Cluny au couvent des Récollets. En 1815, mère Javouhey fonde à Paris une école d’enseignement mutuel. Rares sont les établissements du genre ; le sien constitue une véritable révolution pédagogique. Ainsi les sœurs de Saint Joseph se voient confier par le gouvernement de Louis XVIII, l’éducation des filles dans les colonies d’outre-mer.

La première mission a lieu en 1815 à l’ile Bourbon. Quatre sœurs partent, dont trois Bourguignonnes. En 1819, six sœurs ainsi que Pierre et Claudine Javouhey s’installent au Sénégal. Ils sont rejoints trois ans plus tard par mère Javouhey, qui développe la scolarisation et organise la culture du riz. Après un voyage en Gambie en 1823, elle retourne en France et fonde un séminaire pour les jeunes noirs tout en prônant l’émancipation des esclaves. De 1836 à 1843, elle met toute son énergie à cette tache et crée la ville de Mana en Guyane. Malgré les difficultés et l’opposition de l’évêque d’Autun, elle libère les esclaves. Elle meurt en 1851 à Paris, elle est béatifiée en 1950.

Jean Dard, pédagogue éclairé

Jean Dard nait le 21 juin 1789 à Maconge, près de Pouilly-les-Auxois, où son père est ouvrier agricole. La famille Dard est très pieuse ; d'ailleurs, les six enfants suivent l’enseignement de mère Javouhey à Autun. Jean Dard fait son service militaire en 1809 mais blessé trois ans plus tard, il abandonne l’armée et reprend ses études. Nommé professeur de mathématique à Dijon, il ne reste pas longtemps à ce poste : en 1815, il démissionne.

En 1817, Jean est affecté au Sénégal, dans une école de Saint-Louis. Remarquant les difficultés scolaires de ses élèves, il crée une méthode de lecture leur permettant de lire à partir du wolof. Puis il rédige un dictionnaire français-wolof. En 1818, Claudine et Pierre Javouhey rejoignent Jean au Sénégal. Il s s’entraident dans un même esprit de générosité. En 1820, l’instituteur retourne en Bourgogne et s’installe à Bligny-les-Beaune,où il travaille comme enseignant et secrétaire de mairie durant de nombreuses années. Rappelé en Afrique en 1833, il meurt à Saint-Louis le 1er octobre de cette même année.

dimanche, novembre 29, 2009

Brissot, « médiocre Méphistophélès de la Gironde »



1754-1793. Grand admirateur de la révolution américaine et de l’Angleterre, fortement influencé par Adam Smith et les penseurs libéraux de l’époque, Jacques-Pierre Brissot a voué une haine sans bornes à Robespierre et aux sans-culottes parisiens. Sous son inspiration, les Girondins prôneront une République fédérale et commerciale.

Le 15 janvier 1793, la Convention déclare Louis XVI coupable de tous les chefs d’accusation relevés à son encontre. Deux jours après, les députés de la toute jeune République française votent la mort sans sursis. À l’annonce du verdict, celui qui n’est plus que Louis Capet depuis que, le 21 septembre 1792, la royauté a été abolie en France murmure avec amertume : « Je croyais que M. Brissot m’aurait sauvé. » Non seulement l’intervention de Jacques-Pierre Brissot, dit de Warville, n’évite pas la guillotine à Louis XVI, mais elle contribue à précipiter sa perte et celle de ses amis, qui passeront à la postérité sous l’appellation de Girondins. Mais, en 1792-1793, pamphlets, libelles et journaux font référence à ce courant révolutionnaire en utilisant le terme de Brissotins. C’est dire l’influence qu’a Jacques-Pierre Brissot.

Dans ses Mémoires, rédigés en prison avant son exécution, le 31 octobre 1793, il écrit : « Je suis né en 1754, le 14 janvier, dans la ville de Chartres. J’étais le treizième enfant de ma famille, et ma mère en eut encore quatre après moi. Mon père était traiteur et, comme lui, tous ses parents avaient eu la réputation de probité. » Il ajoute : « Je touche à cet âge où Rousseau fit un examen général de sa vie passée et de toutes ses connaissances, et se fixa un plan de conduite qu’il put suivre jusqu’à sa mort. Je vais imiter Rousseau. » Comme de nombreux révolutionnaires de son temps, Brissot voue un véritable culte à Rousseau et aux Lumières. Mais, chez lui, cela se double également d’une profonde admiration pour l’Angleterre, ainsi que pour la jeune République américaine. Il séjourne d’ailleurs dans ces deux pays, ne rentrant précipitamment d’Amérique que lorsqu’il apprend la convocation des États généraux de 1789. Brissot est un touche-à-tout dont la capacité d’écriture est surprenante. Au milieu des années 1770, il commence un ouvrage intitulé une Théorie des lois criminelles, dont il adresse la préface à Voltaire. Le grand philosophe lui répond par une lettre encourageante et flatteuse. Plus tard, il rencontre Simon-Nicolas-Henri Linguet, auteur des Annales, qui le charge de quelques articles pour le Mercure et lui fait découvrir sa passion pour le journalisme. Mais Brissot s’intéresse également à la science et se lie d’amitié avec un jeune médecin passionné par les disciplines scientifiques, qui n’est autre que Jean-Paul Marat. Dans ses Mémoires, Brissot consacre de longues pages à brosser un portrait au vitriol du rédacteur de l’Ami du peuple dont les diatribes enflammées contre ceux qu’il appelait péjorativement « les hommes d’État » ont largement contribué à la journée du 2 juin 1793, entraînant la chute des Brissotins. Toujours dans ses Mémoires, Brissot assure avoir rencontré Robespierre au début des années 1770, alors qu’ils étaient tous deux jeunes avocats. Une anecdote invérifiable qui permet surtout à Brissot de cracher sa haine de l’Incorruptible. Il le décrit comme « ignorant, étranger à toutes les sciences, incapable d’idées, incapable d’écrire, il était parfaitement propre pour le métier de la chicane. Les années ne l’ont point changé, et [je] suis encore à concevoir comment un tel individu exerce une influence si grande et si fatale sur le sort de notre liberté ». Brissot ne tient pas un tel langage en 1791. Dans le Patriote français, journal qu’il avait fondé en juin 1789, il vante alors « l’inflexible logique de Robespierre ». Mais les deux hommes sont encore dans le même camp.

Brissot est un révolutionnaire convaincu. Plus, il fait partie de ces rares hommes qui, dès 1789, se disent républicains. Le 14 juillet 1789, c’est à lui que les vainqueurs de la Bastille remettent les clefs de cette forteresse dans laquelle il a fait un séjour de quelques semaines en 1784.

Brissot s’est forgé sa conception de la république et de la démocratie idéale à partir de ses lectures, de ses voyages à Londres et en Amérique, mais également grâce à des rencontres. Notamment celle d’Étienne Clavière, dont il dit dans ses Mémoires qu’il lui doit son « éducation en matière de républicanisme ». Clavière est un financier suisse qui a participé à la révolution de Genève en 1782. Une révolution avortée à la suite de l’intervention des forces du roi de France. Contraint à l’exil, Clavière devient l’un des spéculateurs de la place de Paris. C’est avec lui que Brissot découvre l’économie et la finance, et qu’il fonde en 1787 la Société des amis des Noirs. L’abolitionnisme des deux hommes repose autant sur des bases morales que sur des conceptions économiques, celles du « profond Smith ». Ils sont convaincus que l’esclavage non seulement viole la liberté civile et les exigences des « moeurs vertueuses », mais qu’il est également moins rentable que la main-d’oeuvre libre. Grâce à la pression de Brissot et des Brissotins, Clavière devient, en mars 1792, ministre des Contributions et Revenus publics dans le premier gouvernement girondin. Brissot et Clavière tentent de mettre en oeuvre une politique inspirée des principes de Smith, et de faire de la France « une société commerciale unie et prospère » ayant « une Constitution en accord avec ses objectifs ».

C’est dès l’année 1791 que les désaccords apparaissent entre les futurs Montagnards et les Girondins. Après la fuite à Varennes et le massacre du Champ-de-Mars, Danton et Marat sont en fuite. Robespierre, qui avait proposé et obtenu que les députés sortants de la Constituante ne puissent être élus à l’Assemblée législative, se trouve sans mandat. Il se replie sur la Commune de Paris et sur le club des Jacobins, affaibli depuis le départ des Feuillants. Brissot, élu député, gagne encore en influence. Pour contrer les Feuillants, favorables à la monarchie, qu’il soupçonne de comploter avec l’Autriche, Brissot pousse à la guerre, persuadé que les sujets de Léopold d’Autriche prendront le parti de la Révolution. À quoi Robespierre répond : « Personne n’aime les missionnaires armés (…). La guerre fait le lit du despotisme. »

Mais si Brissot veut cette guerre, Louis XVI la veut tout autant. Le 23 mars 1792, les Brissotins Roland et Clavière entrent au gouvernement ; le 20 avril, la France déclare la guerre à l’Autriche. Une guerre que le roi fait tout pour perdre, notamment en opposant son veto aux lois adoptées. Le 13 juin, il renvoie les ministres girondins. Le 20, le peuple, conduit par les « chefs » girondins, envahit les Tuileries, réclamant le retour des ministres et l’acceptation de plusieurs décrets auxquels le roi a mis son veto. Louis XVI accepte de se coiffer du bonnet phrygien mais ne cède pas. C’est le 10 août, sous l’influence de Robespierre et de Danton, que la commune insurrectionnelle de Paris et les bataillons de fédérés marseillais et bretons prennent les Tuileries. Paris, Danton et Robespierre ont réussi là où ont échoué les Brissotins. De cet épisode, Brissot tire une certitude : la nécessité de réduire l’influence politique de Paris. Les massacres de septembre renforceront chez lui cette conviction d’une commune insurrectionnelle incontrôlable, aux mains de ceux qu’il nomme désormais les « anarchistes ». Sous son influence, la Gironde se lance dans une lutte acharnée pour réduire Paris à « un 83e d’influence, comme chacun des autres départements » et développe un modèle de République inspiré de la Suisse et de la révolution américaine. Pour réduire Paris, Brissot propose la création d’une force armée issue des 83 départements français. Brissot et ses amis demandent également la mise en accusation de Robespierre et de Marat, coupables, selon eux, de vouloir installer une dictature. Devant les députés, l’Incorruptible prend la parole et réduit à rien les accusations brissotines. « L’ami du peuple » est déclaré innocent par le tribunal révolutionnaire. L’étoile de Brissot pâlit à Paris. Sa demande de surseoir à l’exécution de Louis Capet et la trahison de Dumouriez achèvent de le déconsidérer aux yeux des sans-culottes parisiens. D’autant que Brissot refuse obstinément toutes les mesures proposées par la Montagne pour réglementer les prix du grain et limiter la spéculation. Selon lui, les ennemis de la Révolution sont ceux « qui veulent tout niveler, les propriétés, l’aisance, le prix des denrées, les divers services à rendre à la société ». Comme l’écrit Robespierre, Brissot et les siens « ne veulent constituer la République que pour eux-mêmes » et « n’entendent gouverner que dans l’intérêt des riches et des fonctionnaires publics ».

Le 31 mai et le 2 juin 1793, les sections parisiennes et les représentants de la Commune de Paris soutenus par la garde nationale cernent la Convention et exigent que celle-ci mette en accusation 29 députés girondins, dont Brissot. Il sera condamné à mort le 9 brumaire et exécuté le 10 brumaire de l’an II (31 octobre 1793). Jean Jaurès écrira à son propos que ce « médiocre Méphistophélès de la Gironde » n’était qu’ « un esprit remuant et brouillon, plein d’une haute idée de lui-même ».

Stéphane Sahuc

Jacques Roux, le curé rouge

Portrait. 220 ans après la révolution française



1752-1794 . Figure incendiaire, l’abbé Jacques Roux est aux côtés des petites gens affamés par la crise des subsistances. Il siège à la Commune de Paris, critique la notion de propriété, multiplie les attaques contre les riches, justifie les pillages des boutiques, il devient l’un des chefs des « enragés ». Pour Robespierre et Marat, son mentor, il va trop loin…

Les traîtres, les hypocrites et les fripons, ce n’était pas le calice de l’inflexible et énigmatique abbé Jacques Roux, le « curé rouge », le pourfendeur des élites, le prédicateur des sans-culottes. Il n’avait certes pas l’éloquence d’un Saint-Just, d’un Robespierre ou d’un Danton, mais les modernistes (les spécialistes des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles) n’ont pas manqué de lui donner sa part dans le grand livre de l’histoire de la Révolution française. Avant eux, Marx l’a reconnu comme un précurseur de l’idée communiste, Jaurès a réhabilité celui qui n’était jusqu’alors qu’un exalté pur et dur, l’historien Albert Mathiez l’a qualifié de « prêtre socialiste ». Mais c’est bien plus de Babeuf et de son idéal de mise en commun des richesses qu’il faudrait rapprocher Jacques Roux, le Charentais qui enrageait.

Charentais… Il est né en 1752 à Pranzac, un petit village tranquille près d’Angoulême. Issu d’une famille « bourgeoise » des confins du Périgord (son père était lieutenant juge assesseur au marquisat de Pranzac et ancien officier du régiment de Hainaut), le jeune Jacques fait des études au séminaire d’Angoulême, y devient professeur de philosophie et de physique avant d’être ordonné prêtre et nommé vicaire. C’est au cours de ce séjour dans la capitale de l’Angoumois que Jacques Roux est mêlé à une obscure affaire de meurtre : un subalterne du séminaire, le frère Ancelot, fit feu une nuit sur des jeunes qui avaient pris l’habitude de lancer des pierres contre les fenêtres de l’établissement et tua l’un d’eux, un fils de notable. Il prétendit ensuite que l’abbé Jacques Roux lui avait conseillé de veiller et au besoin de tirer pour effrayer les importuns, probablement des séminaristes voulant se venger de la sévérité de leur professeur. Roux, réfugié un temps à Pranzac, est arrêté, ainsi que le supérieur et trois autres prêtres, mais les inculpés feront appel au Parlement de Paris et seront finalement libérés.
On retrouve ensuite Roux desservant à Saintes, aumônier, puis vicaire à Cozes ; sa hiérarchie lui attribue de la « régularité » et des « moeurs irréprochables ». Sous les traits de l’agneau, le vicaire de Cozes se mue parfois en un étrange plumitif dans une feuille locale le Journal de Saintonge et d’Angoumois, en « rimailleur » et en « poétereau emporté par un délire aveugle », selon le directeur de la publication, s’attirant les quolibets pour ses vers abscons et ses attaques virulentes de personnalités civiles et religieuses qui ne lui avaient sans doute pas pardonné son passage en Angoumois. Il est déplacé, un an avant la Révolution, à Saint-Thomas-de-Conac, où ses fidèles, dit-on, l’« idolâtraient » pour sa générosité. C’est là, dans cette région proche de l’estuaire de la - Gironde, qu’il passe l’année 1789, sans faire autrement parler de lui que de s’enthousiasmer pour la prise de la Bastille. Dans sa petite église, il prononce son premier « prêche civique », où il célèbre le « triomphe des braves Parisiens sur les ennemis du bien public ». Il partage aussi avec ses paroissiens la grande déception de la nuit du 4 août, qui laissait les droits seigneuriaux rachetables et conservait la plupart des anciens impôts. Au printemps 1790, moins de dix jours après son départ, pour Ambleville cette fois, les paysans de Saint-Thomas-de Conac se soulèvent contre les droits seigneuriaux rachetables, brûlent deux châteaux et les chiens du seigneur sont mis à la broche. Roux ne participa pas directement à ces émeutes, mais il en est tenu pour responsable, ayant « prêché la doctrine dangereuse qui annonçait aux peuples que les terres appartenaient à tous également », selon l’affirmation du commissaire du roi, Turpin.

Révoqué, frappé d’interdit, Jacques Roux gagne Paris. Le 16 janvier 1791, dans l’église Saint-Sulpice, il prête serment à la Constitution civile du clergé : vicaire de Saint-Nicolas-des-Champs, il habite la section très peuplée et très pauvre des Gravilliers, tout en fréquentant le club des Cordeliers. Proche de Marat, qu’il héberge lorsque celui-ci était « persécuté par Lafayette », Roux gagne le surnom de « petit Marat ». Ses interventions enflammées défendant les droits des petites gens font de lui le « prêtre des sans-culottes ». En mai 1792, en chaire, il demande la peine de mort contre les accapareurs et les fabricants de faux assignats, ainsi que l’interdiction de l’exportation des grains et l’établissement de magasins publics. Lors de la journée nationale du 10 août, marquant la chute de la royauté, il est aux côtés des insurgés, mais il ne sera élu ni au Tribunal révolutionnaire ni à la Convention, et se contente, non sans amertume, de représenter sa section au conseil général de la Commune. Chargé, en tant que membre de la - municipalité, d’assister à l’exécution de Louis XVI, on lui prête une grande brutalité vis-à-vis du roi déchu. Et sa réplique, réelle ou supposée, à Louis XVI qui lui tendait son testament pour le remettre à la reine - « Cela ne me regarde point. Je ne suis pas ici pour faire vos commissions mais pour vous conduire à l’échafaud » - lui vaudra pour longtemps les foudres de la postérité.

Mais, à ce moment, si la Révolution avait anéanti la monarchie, exécuté le roi et instauré la République, les Montagnards, restés maîtres de la situation, avaient l’impérieux devoir de donner du pain au peuple. Or les denrées étaient rares et chères, les files d’attente se reformèrent devant les boutiques et la colère de la rue grondait. Désormais, la Convention devait tenir compte d’un foyer d’agitation, incontrôlable, les sans-culottes. Le mécontentement fut relayé par une poignée d’hommes et de femmes à la gauche de la « sainte Montagne ». Au sein de ce petit groupe, dit des « enragés », figurent Jacques Roux, Jean-François Varlet, Jean Leclerc et sa femme, Pauline Léon, proche de Claire Lacombe à la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires.

Le 25 février 1793 - « la journée de Jacques Roux », selon Jaurès - les épiceries du quartier des Lombards sont toutes envahies par des ménagères qui se font délivrer du sucre, du café et du savon en dessous de leurs cours, tandis que Roux commente les événements à la Commune : « Je pense, au surplus, que les épiciers n’ont fait que restituer au peuple ce qu’ils lui faisaient payer beaucoup trop cher depuis longtemps », avant d’ajouter que cette journée « eût été plus belle encore s’il y avait eu quelques têtes coupées ». Le 25 juin 1793, il vient lire à la Convention un texte qualifié de « manifeste des enragés » par l’historien Albert Mathiez. Roux y évoque la situation dramatique du peuple, menacé par les envahisseurs et affamé par les « agioteurs », il critique la mollesse des administrations, exige des mesures rapides et sévères contre l’agiotage et les accapareurs, la taxation des denrées, l’impôt progressif, et prône la démocratie directe et la surveillance du gouvernement par les électeurs. Il prône une répression violente au niveau économique. Il dénonce la faiblesse de la Constitution de l’an I, votée la veille, et parle de « crime de lèse-nation » de la part de ses rédacteurs. « La liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément. L’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable. La République n’est qu’un vain fantôme quand la contre-révolution s’opère de jour en jour par le prix des denrées, auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. Les riches seuls, depuis quatre ans, ont profité des avantages de la - Révolution. Il est temps que le combat à mort que l’égoïste livre à la classe la plus laborieuse de la société finisse. »

Son intervention déclenche un tollé général. Chassé, traqué par Robespierre, qui prononça un réquisitoire contre cet « intrigant qui veut s’élever sur les débris des puissances que nous avons abattues », désavoué par Marat, qui, dix jours avant son assassinat (13 juillet 1793), lui reprochait de « jeter les bons citoyens dans les démarches violentes, hasardées, téméraires et désastreuses », et également par les hébertistes, le « boutefeu de la section de Gravilliers » est radié du club des Cordeliers. Le jour même des funérailles de l’Ami du peuple, Roux tente de récupérer le souvenir du « martyr de la République » et fait paraître un journal, le Publiciste de la République française, par l’ombre de Marat. Il y poursuit sa campagne et écrira quelques jours après : « Les productions de la terre, comme les éléments, appartiennent à tous les hommes. Le commerce et le droit de propriété ne sauraient consister à faire mourir de misère et d’inanition ses semblables. » Le 22 juillet, il prononce l’oraison funèbre de - Marat à Saint-Nicolas-des-Champs. Le 5 septembre la pression populaire s’exerce à la Convention, où « la terreur est à l’ordre du jour » (Barère). Roux n’a guère le temps de s’en réjouir, il est arrêté et emprisonné. Varlet et les principaux chefs des « enragés » suivront.
Traité en suspect et en ennemi de la République, Roux comprend que son sort est scellé et se poignarde dans sa cellule. La première tentative échoue, mais il parvient à se suicider le 10 février 1794, peu avant les exécutions des hébertistes et des dantonistes. Jacques Roux a été la seule victime du groupe des « enragés », tous les autres ayant survécu. Il a pressenti que la vie chère conduit à la révolution, et sa lutte contre les « accapareurs » le portait intuitivement à remettre en cause le droit de propriété. Le « curé rouge », qui en demandait beaucoup, trop pour Robespierre, était confusément socialiste, sans doctrine cohérente, mais son aspiration égalitaire préfigure des formes autrement plus élaborées, comme le communisme rural de l’Ange ou la doctrine sociale des babouvistes exposée dans le -Manifeste des Égaux.


Bernard Duraud

jeudi, novembre 19, 2009

La Guadeloupe dans la Première Guerre Mondiale



Ce Vendredi 20 Novembre2009, à l'invitation de la Médiathèque Caraïbe et avec la complicité du Sociologue Harry Méphon, j'aurai le plaisir de présenter mon dernier ouvrage sur "La Guadeloupe dans la Première Guerre Mondiale" paru aux Editions Nestor. La manifestation débutera à 19 heures au Fort Fleur d'Epée.

Ary Broussillon

jeudi, novembre 12, 2009

Des Africains ont eu leur part dans la traite des Noirs


Au Nigeria, un collectif d’ONG, le Congrès des droits civiques, demande aux chefs coutumiers du pays le plus peuplé d’Afrique de s’excuser au nom de leurs ancêtres d’avoir aidé à la déportation de milliers d’esclaves noirs

C’est une première en Afrique noire. Du jamais entendu. Au Nigeria, pays le plus peuplé du continent noir, avec plus de 140 millions d’habitants, un collectif de plusieurs dizaines d’organisations de défense des droits de l’homme, le Congrès des droits civiques (CRC), a demandé aux « chefs traditionnels africains nigérians de s’excuser pour le rôle que leurs ancêtres ont joué dans la traite des esclaves ».

« Nous ne pouvons pas continuer à accuser les hommes blancs alors que les Africains, en particulier les chefs traditionnels, ne sont pas irréprochables », dit-il dans un courrier. Les organisations relèvent le fait que le Sénat américain a présenté en juin dernier des excuses pour « l’inhumanité, la cruauté, l’injustice fondamentale de l’esclavage ». Aux Africains de faire de même.

Très précis sur les accusations, le CRC a rappelé que les chefs traditionnels ont « participé à la traite des esclaves en aidant systématiquement à mener des raids et des enlèvements dans des communautés sans défense, puis à les livrer à des Européens, Américains et autres ».

Au Nigeria, la ville côtière de Badagri, comme celle de Ouidah au Bénin (l’ex-Dahomey) ou encore Loango en Angola, ont servi de points de départ pour le voyage à fond de cale de millions d’esclaves vers l’Europe, les États-Unis et les Caraïbes.

Une démarche non exempte d’arrière-pensées politiques
La participation de chefs africains à la traite de leurs propres frères noirs a toujours été une réalité gênante, même pour les historiens occidentaux. D’autant qu’il y a peu d’écrits en Afrique, continent de la tradition orale.

Reste que cette démarche n’est pas exempte d’arrière-pensées politiques. Dans l’Afrique noire du XXIe siècle, les pouvoirs en place apprécient peu le poids des chefs traditionnels, omniprésents dans les villages, jugeant qu’ils sont un frein au développement et à la modernité.

Au Nigeria, comme dans la majorité des pays africains, les chefs traditionnels ne sont pas reconnus par les Constitutions. Ils demandent aujourd’hui à l’être au Nigeria. D’où la proposition étonnante du collectif d’ONG : excuses contre reconnaissance constitutionnelle.

L’Afrique a en effet connu des chefs traditionnels qui firent commerce d’hommes, ceux que l’on appelait au Bénin les « rois-traîtres », tel Guezo, au visage marqué par la petite vérole, qui fit durant un règne de quarante ans au XIXe siècle de la traite à grande échelle. Il y était aidé par son plus proche ami et conseiller Francisco Felix de Souza, Brésilien d’origine portugaise.

« L’Afrique noire a été un acteur à part entière de la traite »
Guezo aurait ainsi participé à la déportation de centaines de milliers, voire un million de ses frères noirs, en grande partie vers le Brésil, en échange d’armes, de tabac, d’alcool, de tissu, surtout de la soie et du velours.

Selon l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau (1), « sans minimiser la responsabilité occidentale – ce serait absurde car la demande fait aussi l’offre –, l’Afrique noire a été un acteur à part entière de la traite ».

Les captifs africains ont été ainsi emmenés par d’autres Africains et vendus à des Européens ou à des Arabes. Bon nombre d’entre eux étaient déjà esclaves dans leur communauté, souvent razziés après des combats. La traite intra-africaine aurait concerné près de 14 millions de personnes, contre 17 millions pour celle faite par les Arabes et 11 millions pour celle concernant les Européens.

Julia FICATIER

(1) Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, Gallimard, 2004.

La traite négrière


Le mot « traite » est apparu au XIIe siècle, venant du latin tracta. Il signifiait « l’action de tirer, de faire venir », de transporter certaines marchandises d’une province à une autre. Apparue au XVIIe siècle, l’expression « traites négrières », le commerce d’esclaves noirs, supposait des réseaux d’approvisionnement parfaitement organisés et intégrés.

Trois traites négrières
On distingue trois traites négrières : la traite intra-africaine, sans aucun doute la plus ancienne ; la traite orientale, qui se caractérisait par ses voies commerciales (traversée du Sahara, de la Méditerranée, de la mer Noire), ses grands marchés aux esclaves (villes d’Afrique du Nord, de la péninsule Arabique et de la Turquie) et concernait Noirs, mais aussi Blancs et Arabes ; et enfin la traite atlantique (occidentale), la plus connue et la plus intense, qui fut le commerce d’Africains au profit d’autres Africains d’un côté, et d’Européens de l’autre.

Le NIGERIA - Esclavage: "les chefs de tribu Noirs doivent s'excuser"

Le Congrès des droits civiques (CRC) prend position.

Les chefs traditionnels africains devraient s'excuser pour le rôle que leurs ancêtres ont joué dans la traite des esclaves, ont estimé mercredi des organisations de défense des droits de l'homme au Nigeria.

Le Congrès des droits civiques (CRC), une coalition de dizaines d'organisations de défense des droits de l'Homme, a estimé dans un communiqué qu'après les excuses du Sénat américain en juin et celle de l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair, c'était au tour des dirigeants traditionnels du continent noir.

Ils doivent présenter des excuses au nom de leurs ancêtres pour "mettre un point final à l'histoire de la traite des esclaves", écrit le CRC dans un courrier adressé à ces dirigeants.

"Nous ne pouvons pas continuer à accuser les hommes blancs alors que les Africains, en particulier les chefs traditionnels, ne sont pas irréprochables".
Selon le CRC, ils ont participé à la traite des esclaves en "aidant systématiquement à mener des raids et des enlèvements (...) dans les communautés sans défense (...) puis à les échanger avec des collaborateurs européens, américains et autres".
La ville côtière nigériane de Badagry a servi de point de départ pour le voyage de nombreux esclaves vers l'Europe, les Etats-Unis et les Caraïbes.

Shehu Sani, qui dirige le CRC, a expliqué que la demande d'excuses intervenait maintenant, avant que les chefs traditionnels au Nigeria, qui ne sont pour l'heure pas reconnus par les lois du pays, ne figurent dans la nouvelle Constitution.
"Ils n'ont pas à être reconnus par la Constitution tant qu'ils n'ont pas présenté leurs excuses aux familles des descendants des victimes de l'esclavage", a-t-il affirmé à l'AFP.
Il a dit espérer que des excuses de chefs nigérians pourraient inciter d'autres chefs, dans d'autres pays d'Afrique, à faire de même.

mardi, novembre 10, 2009

Le couronnement d'un ardent combat


Emprisonné à Bourg-Egalité (Bourg-la-Reine), Nicolas de Condorcet est retrouvé mort dans sa cellule, de causes encore obscures, le 29 mars 1794. Près de deux mois auparavant, le 4 février, la Convention avait aboli l'esclavage dans les colonies françaises, en un grand élan d'enthousiasme. Un vacarme grandiloquent qui rattrapait plus de quatre ans d'un assourdissant mutisme : la Déclaration de 1789, qui assurait que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", avait tout bonnement oublié ces Noirs enchaînés dans les îles, réduits légalement à l'état de "biens meubles" par le Code noir, édicté en 1685.

Pourchassé par la Terreur, cloîtré chez sa protectrice, Mme Vernet, Condorcet voit cette loi couronner un de ses plus ardents combats. En 1781, ses Réflexions sur l'esclavage des Nègres, écrites sous le pseudonyme de Joachim Schwartz, avaient été le premier ouvrage d'un philosophe des Lumières entièrement consacré à cette avanie du temps. L'abbé Raynal, dans l'Histoire des deux Indes, Rousseau, dans le Contrat social, Voltaire, dans Candide, ainsi que d'autres esprits s'étaient émus, mais émus seulement, du sort des Africains mis en servitude. Condorcet, lui, instruit un implacable procès, avance l'illégitimité de cette pratique, et réfute les arguments économiques des défenseurs.

Il rejoint, en 1788, la Société des amis des Noirs, qui ne milite, dans un premier temps, que pour l'abolition de la traite. Un concours de circonstances, comme la Révolution sut en précipiter, aboutit à une abolition au débotté, en 1794. De fait, elle ne sera réellement appliquée qu'en Guadeloupe, avant que Napoléon ne rétablisse l'esclavage, en 1802. Cette première abolition restera largement la "farce grandiose" moquée par Aimé Césaire. Prudent, Condorcet se donnait soixante-dix ans pour en finir avec la servitude des Noirs. La véritable abolition interviendra finalement en 1848. Soixante-sept ans après la sortie de son livre.

Benoît Hopquin

dimanche, novembre 08, 2009

Val de Marne et Martinique en mémoire de la traite


Le conseil général de Créteil et celui de Fort de France organisent, avec l’Association de descendants d’esclaves noirs et leurs amis (ADEN) un colloque autour de la mémoire de la traite négrière le 13 novembre 2009 dans la préfecture de l’île Antillaise.

On y entendra Claude Lise, président du conseil général de Martinique, Danielle Maréchal vice présidente du conseil général du Val-de-Marne, chargée de la mémoire, l’avocat Daniel Voguet, président de l’ADEN et Marie-France Astegiani-Merrain, vice présidente et porte-parole de l’ADEN, également conseillère municipale de Joinville-le-Pont (Pcf, groupe Joinville en mouvement).

La manifestation, largement ouverte aux écrivains, poètes ou citoyens, est l’occasion de la présentation des résultats du colloque scientifique tenu en novembre 2007 à Dakar et Gorée (Sénégal) sur la traite négrière transatlantique, avec là encore une forte participation du Val-de-Marne.

Le livre, déjà présenté sur ce blog, Les traites négrières, histoire d’un crime, fera également l’objet d’un lancement aux Antilles à cette occasion.

* Colloque vendredi 13 novembre 2009 à Atrium de Fort de France, salle Frantz Fanon, 9 heures

* Marcel Dorigny et Max-Jean Zins, Les traites négrières, histoire d’un crime, est publié aux éditions du Cercle d’art (2009).
* Voir aussi : Les traites négrières, histoire d’un crime

Manger et boire aux XIIe et XIIIe siècles

Au cours de l'année qui se termine, de nombreuses manifestations (colloques, conférences, spectacles, publications) ont commémoré le huitième centenaire de la croisade contre les albigeois. Actuellement et jusqu'à la fin du mois se tient à la maison des Mémoires, 53 rue de Verdun, réalisée par les Archives départementales, une remarquable exposition qui fait revivre cette période dans toute sa complexité. Les documents présentés, en effet, au-delà de l'expédition guerrière et de ses conséquences, s'efforcent de faire revivre la société du XIIIe siècle.

Pour atteindre cet objectif, les diverses sources auxquelles a traditionnellement recours l'historien ont été mises à contribution : chartes et chroniques, œuvres d'art fresques, vitraux. Ces documents ont été complétés par des découvertes archéologiques, faites à Montségur mais aussi dans la Montagne Noire, qui ont permis de cerner de plus près la façon dont vivaient au jour le jour nos ancêtres du XIIIe siècle, en particulier les humbles.

Il s'agit en l'espèce du site de Cabaret, à Lastours, fouillé depuis de nombreuses années par Marie-Elise Gardel dans le cadre de l'Amicale laïque de Carcassonne, qui a livré de forts utiles documents. Les quatre tours visibles aujourd'hui sur ce site ont été construites après la Croisade, mais, en contrebas du château appelé Cabaret, un habitat constitué à partir de 1150 et déserté vers 1240 a été mis en évidence et étudié au cours de diverses campagnes. Ce bourg fut certainement rasé sur ordre de l'administration royale après la révolte de Raimond II Trencavel et la colline déclarée zone de servitude militaire ne fut à nouveau constructible qu'après le traité des Pyrénées qui en 1659, en annexant le Roussillon repoussait la frontière française plus au sud.

L'expulsion des populations ayant été sans doute précipitée, les archéologues ont pu découvrir, dans les restes des maisons, une série d'activités domestiques saisies e n quelque sorte comme sur une photographie prise en instantané : vaisselle, soc d'araire, ateliers métallurgiques apparaissent comme sur une photographie d'instantané. De plus, l'abondance des ossements de moutons, de chèvres, de bovins et de porcs, atteste de l'importance des activités pastorales.
L'alimentation et la vaisselle

Depuis le XIe siècle, d'importants défrichements avaient permis d'augmenter la production des céréales en mettant en culture des garrigues et des forêts Dans nos régions toutefois, le labourage se faisait toujours à l'araire, instrument en bois doté d'un soc en fer, mieux adapté que la charrue aux sols légers du Midi. La charrue en effet retourne les sols en profondeur, mais cela ne se justifie guère dans nos régions et favorise même l'érosion, appauvrissant la terre.Les céréales étaient les cultures essentielles car seules elles permettaient obtenir l'élément constituant la base de l'alimentation, le pain. Celui-ci d'ailleurs n'était pas obtenu à partir du seul blé, mais comprenait une part importante d'orge et de seigle.La vigne et l'olivier étaient cultivés sur les parties les plus pauvres, tandis que l'élevage des ovins fournissait le fumier indispensable aux cultures ainsi que la laine et le cuir pour habiller les hommes. Le pain accompagnait soupes et ragoûts dans lesquels la viande était rare, tandis que l'on consommait abondamment légumes, fèves et lentilles. Le poisson était le mets des jours de jeûne, tandis que produits laitiers et fruits complétaient les menus. Quant au vin, lorsqu'il apparaissait sur la table, il était généralement coupé d'eau.

Les poteries utilisées lors des repas avaient des formes différentes, ce qui, combiné avec la fragilité de ce matériau qui obligeait à des renouvellements rapides permet de dater maints autres découvertes archéologiques.

Les oules, de forme globulaire à col ouvert, servaient au stockage des denrées comme à la cuisson des aliments, les jattes, de forme ouverte avec un bec verseur, étaient utilisées pour servir le lait et les bouillies, alors que dournes et cruches étaient consacrées aux liquides.

La mixité sociale, qui semble réelle à Cabaret, apparaît dans la présence de verres à pied, réduits évidemment aujourd'hui à quelques fragments, tandis que la vaisselle en bois a disparu. D'autres éléments de cette vie quotidienne méritent de retenir l'attention, comme nous le verrons prochainement.

On consultera avec profit : « Au temps de la Croisade ». « Société et pouvoirs en Languedoc au XIIIe siècle ». Archives départementales de l'Aude. 2009.

samedi, novembre 07, 2009

Choderlos de Laclos, homme des Lumières mais pas révolutionnaire


1741-1803 . Quel homme se cache derrière l’auteur des Liaisons dangereuses, aujourd’hui considéré comme un chef-d’oeuvre de la littérature française et qui narre le duel pervers et libertin de deux membres de la noblesse française ?

« Née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre… » Extrait d’un roman féministe américain ? Non, pas du tout. Même si quelques militantes radicales des années 1980 n’en renieraient pas la « maternité ». Non, ces quelques mots sont de madame de Merteuil, tirés de la 81e lettre du classique épistolaire de Choderlos de Laclos, les Liaisons dangereuses. C’est par cette lettre, à son complice adressée, le vicomte de Valmont, que madame de Merteuil livre les raisons de son ambition. Et explique comment elle s’est donné les moyens de l’atteindre. « Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j’étais vouée par état au silence et à l’inaction, j’ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu’on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu’on s’empressait à me tenir, je recueillais avec soin ceux qu’on cherchait à me cacher. Cette utile curiosité, en servant à m’instruire, m’apprit encore à dissimuler […]. Je n’avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos politiques doivent leur réputation… » L’occasion pour l’auteur de sonner la charge, dans ce roman de 1782, contre l’éducation des femmes sous l’Ancien Régime, élevées au couvent sitôt qu’elles naissaient de noble ascendance.

Laclos, par la plume de son personnage, y accuse les religieux de confondre dans la formation des jeunes filles l’ignorance avec l’innocence et, comme le note le spécialiste du XVIIIe siècle, René Pomeau, « complète sa démonstration en précisant que la seule de ses héroïnes qui dans le combat de l’existence se montre armée, et redoutablement, n’est pas allée au couvent : madame de Merteuil, élevée chez sa mère, s’est donné à elle-même son instruction ».

Scandale dans le scandale : non seulement Laclos expose dans son ouvrage les « pires travers » de la société libertine de la France prérévolutionnaire, mais il s’attaque, de manière au fond très politique, à l’éducation de la classe dirigeante. Et avec quel bonheur ! Un mois après sa parution, le 16 mars 1782, la première édition est épuisée.

Son roman vient de remporter l’un des plus grands succès de librairie du siècle, comparable à celui de la Nouvelle Héloise de Jean-Jacques Rousseau, vingt ans plus tôt. « Du jour au lendemain, c’est le livre dont on parle à Paris dans toutes les conversations, dont tous les journaux rendent compte. » Il n’est pas jusqu’à Rétif de la Bretonne, ce grand chroniqueur de la fin du XVIIIe siècle, qui n’y est été de son anecdote selon laquelle après qu’une mère eut retiré un exemplaire du livre des mains de sa fille de quinze ans, celle-ci serait allée jusqu’à accorder « la dernière faveur » à un homme de quarante-cinq ans qui lui procura l’oeuvre. Pour mesurer l’esclandre provoqué par Laclos avec son roman, on se rappellera qu’au XIXe siècle, après même que l’Ancien Régime a été déposé, le livre a été condamné au moins quatre fois par les tribunaux français. Et qu’en 1898 encore, Petit de Julleville, dans son Histoire de la littérature française qui fit autant autorité que le Lagarde et Michard plus tard, écrira : « On a hâte de fermer ce livre, malgré le talent de l’auteur, et de se consoler un peu en relisant Paul et Virginie, l’insipide ouvrage de Bernardin de Saint-Pierre. »

Mais alors, qui donc est cet homme qui a écrit, comme l’a dit Roger Vailland, ce « roman révolutionnaire du libertinage » que nous connaissons sous le titre des Liaisons dangereuses ? Qui donc est ce Choderlos de Laclos qu’André Malraux désignait comme l’un des sommets de son « triangle noir » : Laclos, Goya, Saint-Just ?

Il faut bien le dire, contrairement à quelqu’un comme Sade, par exemple, dont la vie et l’oeuvre sont intimement liées, l’enquête découvre en Laclos un homme bien moins révolté contre sa société que les Liaisons auraient pu laisser le croire. Pierre Ambroise François Choderlos de Laclos est né à Amiens le 18 octobre 1741 et mort à Tarente le 5 septembre 1803. Deuxième fils d’un secrétaire à l’intendance de Picardie et d’Artois, d’une famille de robe récente, il est poussé par son père à s’engager dans l’armée et choisit l’artillerie. Il est admis en 1760 à l’École royale d’artillerie de La Fère - ancêtre de l’École polytechnique -, est promu sous-lieutenant en 1761et lieutenant en second en 1762. Comme beaucoup de jeunes hommes, Laclos rêve de conquêtes et de gloire, ainsi se fait-il affecter à la brigade des colonies, en garnison à La Rochelle. Mais le traité de Paris, en 1763, met fin à la guerre de Sept Ans. Faute de guerre, Laclos est donc obligé d’étouffer ses ambitions dans une morne vie de garnison. Nommé capitaine à l’ancienneté en 1771 - il le restera durant dix-sept ans, jusqu’à la veille de la Révolution -, le petit officier s’ennuie parmi ses soldats grossiers. Pour s’occuper, il s’adonne à la littérature et à l’écriture avec quelques succès d’estime puisque ses premières pièces, en vers légers, sont publiées dans l’Almanach des muses et qu’un opéra-comique, Ernestine, portant sa signature, fut représenté le 19 juillet 1777 devant la reine Marie-Antoinette. Mais c’est l’année suivante qu’il entame la rédaction des Liaisons dangereuses. Rédaction qui durera environ deux ans. En 1781, promu capitaine commandant de canonniers, il obtient une permission de six mois, au cours de laquelle il achève son chef-d’oeuvre et le confie à l’éditeur Durand Neveu pour le publier en quatre volumes qui sont proposés à la vente le 23 mars 1782.

La publication de son roman est d’emblée considérée comme une attaque contre l’aristocratie et jugée comme une faute par sa hiérarchie militaire, qui lui ordonne comme un châtiment de rejoindre immédiatement sa garnison en Bretagne. De là, il est envoyé à La Rochelle en 1783 pour participer à la construction du nouvel arsenal.

Et c’est à La Rochelle, justement, qu’il fait la connaissance de Marie-Soulange Duperré, sa future femme. Elle a 24 ans, il en a 42. Il la séduit au point de lui faire un enfant et l’épouse en 1786. En 1788, il quitte l’armée et entre au service du duc d’Orléans, meilleur moyen d’améliorer sa condition. Marie-Soulange sera le grand amour de sa vie et lui donnera deux autres enfants. Pour ce que l’on en connaît, Choderlos de Laclos ne ressemble en rien au personnage masculin principal des Liaisons, le libertin vicomte de Valmont. Sa vie sentimentale se limite à son épouse, à qui il semble avoir été fidèle. Ses lettres à sa famille, conservées et aujourd’hui parues dans le volume de la Pléiade (Gallimard) qui lui est consacré, nous le montrent même amoureux de son épouse et père attentionné jusqu’à la fin de sa vie.

Éclate enfin la Révolution, l’occasion pour lui d’entrer plus avant dans le monde politique. Il s’engage dans la Ligue des aristocrates, un groupuscule de petits nobles qui sera interdit par Robespierre et, dès le début, y mène des intrigues en faveur de son maître, le duc d’Orléans. Après 1790, il se rallie à l’idée républicaine et quitte le duc pour un poste de commissaire au ministère de la Guerre, où il a la charge de réorganiser les troupes de la jeune République. Grâce à ses activités, il est chargé de l’organisation du camp de Châlons, en septembre 1792, et prépare de façon décisive la victoire de la bataille de Valmy. Trahi par son passé orléaniste, il est emprisonné à la prison de Picpus mais libéré sous la Convention thermidorienne. De retour au service de la République, il met alors au point, lors d’expériences balistiques, un « boulet creux » chargé de poudre qui deviendra l’obus. Finalement, il fait la connaissance du jeune général Napoléon Bonaparte, artilleur comme lui, et se rallie aux idées bonapartistes. Le 16 janvier 1800, il est réintégré comme général de brigade d’artillerie et affecté à l’armée du Rhin, où il reçoit le baptême du feu à la bataille de Biberach. Affecté au commandement de la réserve d’artillerie de l’armée d’Italie, il meurt le 5 septembre 1803 à Tarente, non pas lors d’un affrontement, mais affaibli par la dysenterie et la malaria. Il est enterré sur place. Au retour des Bourbons, en 1815, sa tombe est violée et détruite. Les Liaisons dangereuses sont les seules pages de lui qui soient passées à la postérité. Elles n’ont pas de rapport avec sa vie de militaire et peu avec sa vie d’homme. La marquise de Merteuil est, comme souvent dans les romans, une agrégation d’observations et « de Laclos à Valmont, la distance est celle qui sépare l’être vivant du personnage », explique René Pomeau. Une distance qu’il n’appartient qu’aux littérateurs de commenter. Reste une évidence, Choderlos de Laclos, pour homme des Lumières qu’il fut, n’a jamais été un « libre penseur » révolutionnaire, comme son roman, dit libertin, inviterait à le faire croire.

Jérôme-Alexandre Nielsberg

mercredi, novembre 04, 2009

ACHILLE RENE-BOISNEUF (1873-1927) ! l’hommage de son arrière petite fille


Né le 9 novembre 1873 à Gosier (Guadeloupe), Achille René-Boisneuf est le fils naturel de Hyacinthe Boisneuf ex-esclave émancipé en 1848 et d’Amanda Mathurine René mulâtresse.

Il hérite d’un important patrimoine foncier de son père Hyacinthe. Il s’illustre par de brillantes études secondaires au Lycée Carnot de Pointe-A-Pitre où il obtient son baccalauréat. Puis naît son goût pour la politique dans laquelle il se lance à la fin du siècle en participant au « Comité de la jeunesse républicaine » fondé en 1891 par Hégésippe Légitimus.

En 1899, au congrès socialiste du Moule, il rompt avec le parti politique d’Hégésippe Légitimus. Rupture qui va s’accentuer lorsque Légitimus inaugure la politique d’entente avec les usiniers sous la bannière de « L’Entente Capital-Travail ».

En 1900, il devient conseiller municipal de Pointe-à-Pitre puis en 1901, il est élu Conseiller Général.

Il crée ensuite « l’Union Républicaine » et connaît beaucoup de démêlés avec le parti politique d’Hégésippe Légitimus.

Il quitte le parti socialiste et fonde le parti démocratique.

Achille René-Boisneuf va s’opposer violemment au sein de cette assemblée, à une telle politique qu’il considère comme contraire aux intérêts des travailleurs.

Il s’en suivra une longue période d’affrontement entre ces deux hommes politiques. Opposition ponctuée du saccage des presses d’Achille René-Boisneuf «Le Libéral» (fondé en 1904) et le journal «La Vérité» dont les bureaux furent saccagés en 1906 par des partisans de Légitimus.

La riposte d’Achille est sanglante, il tue deux hommes de Légitimus. En créant «l’Union Républicaine», il rencontre des problèmes avec la justice et met à profit ces trois ans d’exil en France pour obtenir une licence de droit le 3 juillet 1909.

Avocat au barreau de Pointe-à-Pitre à 37 ans, il soutient les manifestations ouvrières. Il est élu :

*

Maire de Pointe-à-Pitre le 4 juin 1911 ;
*

Président du conseil général de la Guadeloupe de 1913 à 1922 ;
*

Député de la Guadeloupe en 1914 et 1919.

A partir de 1922 débute la «descente aux enfers», il perd tour à tour tous ses postes électoraux et se débat dans de graves démêlés judiciaires.

L’opposition acharnée de son ancien compagnon de lutte, Gratien Candace, provoque un sérieux affaiblissement du «boisneufisme» en Guadeloupe. A 54 ans, usé par une vie de lutte, Achille René-Boisneuf s’éteint le 29 décembre 1927, à Pointe-A-Pitre….. (Appartenance franc-maçonnique : Les disciples d’Hiram).

Le 16/06/2004, la médiathèque Achille RENE-BOISNEUF ouvre ses portes, dressée fièrement sur ses colonnades, elle date de 1874…. Cette ancienne mairie de Pointe-A-Pitre revit par la culture, toute de bois vêtue en attendant sagement que l’on vienne «dévorer la culture de ses entrailles»….

Pages dédiées à la Mémoire de mon Arrière Grand-père, Achille RENE-BOISNEUF. Que son nom demeure gravé à tout jamais dans l’histoire de la Guadeloupe, Et au-delà…..

Antonella RENE-BOISNEUF.

Le 30 Janvier 2009.

jeudi, octobre 08, 2009

Le refus de l’esclavitude

À partir de l'étude des livres de comptes, des carnets de bord des négriers et de nombreux travaux de recherche, Alain Anselin livre ici un travail méthodique et inédit sur les résistances africaines à l'esclavage.

Extrait :

"Le Capitaine du Notre Dame de Bonne Garde, un bateau négrier destiné à approvisionner en bras serviles la Martinique, consigne dans son Journal de Bord le récit d'une révolte lancée en face des côtes du Dahomey par des ''Nègres qui s'étaient déferrés pour se tirer de l'esclavitude et ne se trouvant pas contents de se tirer eux-mêmes, voulaient suborner les autres".

L’auteur explique: ''Nous avons gardé pour titre de cette étude ce mot, parce que ce petit livre n’est rien d’autre qu’un hommage au Refus de l’Esclavitude qui a animé, à bord comme à terre, pendant plus de trois siècles, toutes les rebellions de dizaines de milliers de captifs africains destinés à l’esclavage de la plantation américaine et caribéenne''.

A partir d'un travail de documentation impressionnant, Alain Anselin lève le voile sur un pan méconnu et peu mis en valeur de l'histoire de la traite.

Loin des idées reçues sur les bénéfices que les Africains auraient eux-mêmes tiré du commerce triangulaire, on découvre plutôt comment ils ont d'abord livré des combats acharnés contre les négriers, préférant souvent la mort à la déportation. Avec ce livre, l'auteur démonte la manipulation historique visant à rendre les Africains largement responsables du sort que les négriers ont infligé aux esclaves dans les Amériques et les Caraïbes. Cette relecture des événements historiques permet de comprendre
pourquoi l'héroïsme des résistants africains à l'esclavage a été très fortement occulté. Un ouvrage de référence sur le sujet.

*Alain Anselin enseigne l'égyptien ancien en Sciences du langage à l'Université des Antilles Guyane. Fondateur des Cahiers Caribéens d'Égyptologie, il est également anthropologue.

dimanche, octobre 04, 2009

Chemins d’esclaves Du 3 octobre 2009 au 3 janvier 2010

« Chemins d’esclaves », est une exposition qui retrace l’histoire de la traite négrière transatlantique et de l’esclavage en mettant en relation les œuvres de l’artiste contemporain Julien Sinzogan originaire du Bénin et celles des collections du Musée d’Angoulême.

Prenant appui sur les toiles de l’artiste qui regorgent de références aux croyances des peuples fon, nago et yoruba de la côte des esclaves (actuelles côtes du Bénin et du Nigeria), c’est sous un angle nouveau que cette histoire complexe et douloureuse est abordée, celui d’un déracinement, d’une perte d’identité que constituent l’arrachement à la terre des ancêtres et la déportation dans le Nouveau Monde.

Les œuvres de Julien Sinzogan, des documents d’archives, diaporamas, les objets des collections du Musée d’Angoulême et d’autres musées partenaires dessinent les chemins parcourus par des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants au-delà des mers.

Commissariat d’exposition :
Brigitte Kowalski (chercheuse indépendante en histoire des migrations africaines)
Émilie Salaberry (chargée des collections extra-européennes au Musée d’Angoulême)

vendredi, octobre 02, 2009

Des pans d'histoire qui disparaissent


Non que la majorité des langues africaines soient menacées. Certaines d'entre elles gagnent même en importance, tout particulièrement les langues véhiculaires, comme le swahili en Afrique orientale (plus de 100 millions de locuteurs) et le haoussa en Afrique de l'Ouest (40 à 50 millions de locuteurs), mais aussi certaines langues nationales, telle le wolof, au Sénégal, comme le remarque Maarten Mous, professeur de linguistique de l'université de Leyde, aux Pays-Bas.

En réalité, selon le linguiste, l'Afrique est moins menacée que d'autres régions du monde, tout particulièrement l'Amérique latine, par la disparition des langues, notamment parce que l'anglais ou le français des ex-puissances coloniales n'ont pas fait disparaître les langues locales.

D'autres dynamiques sont à l'oeuvre pour menacer des idiomes dans toute l'Afrique. Dans un pays comme l'Ethiopie, l'amharique, qui n'est parlé que par environ 40 % de la population, tend à remplacer certaines langues, notamment dans le sud du pays. L'ongota, par exemple, n'était plus parlé que par huit vieillards lors de la dernière évaluation, en 2007. L'Unesco estime à vingt-sept le nombre des langues sérieusement menacées en Ethiopie.

La disparition de certaines langues accompagne la disparition de modes de vie, la transformation de milieux naturels ou de rapports sociaux. Sont en voie de disparition des langues parlées au sein des castes, comme la caste des forgerons en Afrique de l'Ouest, ou certaines langues utilisées lors d'initiations. La langue appartenant au groupe couchitique des Aasax, des chasseurs-cueilleurs vivant au milieu des Masaï de Tanzanie, s'est éteinte en 1976 lorsque les membres de cette petite ethnie ont abandonné leurs pratiques traditionnelles pour se transformer en pasteurs, adoptant au passage la langue des pasteurs, et s'assimilant donc progressivement aux Masaï.

Nicolas Quint, chercheur au laboratoire Langages, langues et cultures d'Afrique noire (CNRS/Inalco), résume : "A l'échelle mondiale, c'est la scolarisation de masse qui a entraîné l'accélération de la disparition des langues." Le linguiste travaille notamment dans les monts Nouba, au Soudan, où une cinquantaine de langues sont concentrées dans un espace réduit. L'une des langues de cette région qu'il étudie, le koalib, a repris de la force grâce à un véritable plan de "résistance" mis sur pied par un homme hors du commun.

Alors que la culture nouba était très menacée, pendant la seconde guerre civile soudanaise, avec le pouvoir central instaurant dans un contexte de grande violence (viols, tueries, déplacements forcés, etc.) une arabisation aux populations nouba, un chef militaire originaire de cette région, Yusif Kuwa, s'est associé à la rébellion sudiste, l'Armée de libération des peuples du soudan (SPLA), avec le soutien d'Eglises chrétiennes, pour à la fois créer une zone rebelle et développer la culture nouba. L'arabe a été abandonné dans les écoles, remplacé par l'anglais et les langues autochtones.

"Grave pour l'identité"

Depuis, le monde nouba renaît de ses cendres. "Ce qui ne signifie pas que cet exemple soit reproductible, avertit Nicolas Quint, ni qu'il faille impérativement appeler au sauvetage de toutes les langues, puisque ce serait irréaliste. Mais il faut être conscient de la menace. Pour les peuples dont la culture ne passe pas par l'écrit, la perte de la langue est une chose grave pour leur identité."

Sur un continent largement dominé par la culture orale, les langues sont aussi des réservoirs d'informations sur l'histoire du peuplement. Par exemple, des Kikuyu du Kenya et des Rwandais parlant le kinyarwanda peuvent se comprendre, et ont même en commun une façon particulière de prononcer les "l" et les "r". Cela signale qu'à un moment, des hommes ont partagé un espace commun avant de se séparer.

L'histoire de populations parlant les langues du groupe bantou a pu être reconstituée en partant de leur berceau initial, situé entre le Cameroun et le Nigeria. L'hypothèse de l'existence de ce groupe avait été formée dès 1862. Un siècle plus tard, le linguiste Joseph Greenberg établissait une théorie sur les migrations ayant permis à ces peuples d'essaimer vers l'Afrique orientale et australe, conquises en deux millénaires seulement. Par un système de comparaison, les linguistes ont calculé les transformations des langues, construisant des machines à remonter le temps de l'évolution linguistique assez théoriques, mais confortées depuis par d'autres types de données, notamment génétiques.

L'indice ne trompe pas : il reste tellement à apprendre au sujet des langues africaines que l'évaluation de leur nombre exact ne fait pas l'unanimité. Mille quatre cents peut-être, 2 000 sans doute. Et selon les linguistes, 10 % des langues du continent pourraient s'éteindre au cours du prochain siècle. Au moins 300 langues africaines ont moins de 10 000 locuteurs, seuil où une langue commence à être en danger. La moitié environ est déjà sérieusement condamnée, ou en passe de le devenir.

La rapidité et l'intensité des migrations de "bantouphones", observable dans le fait que des structures, mais aussi des mots de vocabulaire, se retrouvent à l'identique, séparés par des milliers de kilomètres ("mafuta" signifie huile, ou graisse, aussi bien en zoulou d'Afrique du Sud qu'en swahili de Tanzanie, par exemple).

Aujourd'hui, selon Clare Janaki Holden, anthropologue à University College à Londres, il existe environ 450 langues bantoues. On trouve leurs locuteurs depuis le Gabon jusqu'aux Comores, notamment. Le zoulou, comme le khosa, en Afrique du Sud, ont intégré certaines caractéristiques des langues qu'ils chassaient, appartenant au groupe khoisan, notamment à travers l'usage de clicks. Ce sont ces langues khoisan qui sont particulièrement menacées, les locuteurs préférant adopter les langues dominantes de la région. C'est le cas par exemple au Botswana, où le setswana les menace d'extinction.

Jean-Philippe Rémy

jeudi, octobre 01, 2009

Les Antilles de Denise Colomb à l'Hôtel de Sully


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Denise Colombe, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, 1948

© (c) Ministère de la Culture, Médiathèque du patrimoine, dist RMN

L'Hôtel de Sully présente jusqu'au 27 décembre les photos antillaises de la parisienne Denise Colomb

La photographe d'artistes, connue pour ses portraits d'Antonin Artaud ou Nicolas de Staël, s'est rendue deux fois aux Antilles, en 1948 à l'invitation d'Aimé Césaire, en 1958 pour une campagne de publicité.

Elle a porté un regard "humaniste" sur une société pauvre, qui , cent ans après l'abolition de l'esclavage, sortait juste du régime colonial.


Denise Colomb (1902-2004) a fait ses premières photos en Indochine. Introduite dans le monde de l'art par son frère, le galeriste parisien Pierre Loeb, elle est surtout connue pour ses portraits d'artistes: Artaud, Giacometti, Picasso, De Stael.

Denise Colomb, Récréation, 1948 (c) Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, dist RMNEn 1948, Aimé Césaire, qui a vu ses photos d'Indochine, l'invite aux Antilles pour la célébration du centenaire de l'abolition de l'esclavage aux Antilles françaises. Elle se rend en Martinique, en Guadeloupe et en Haïti. Sa visite a lieu au moment où commence à s'appliquer la loi de départementalisation, qui met fin officiellement à l'ère coloniale. Denise Colomb doit initialement travailler avec l'ethnologue Michel Leiris, en mission aux Antilles. Mais le courant ne passe pas entre eux et la photographe travaille finalement seule.

C'est une région pauvre que découvre Denise Colomb, où les enfants vont pieds nus, voire fesses nues, où on vit dans des cases vétustes, sans sanitaires. Ce n'est pourtant pas un travail engagé ou révolté que la photographe produit. On est à la grande époque de la photographie humaniste française, et Denise Colomb s'inscrit bien dans leur "réalisme poétique".

Elle photographie les enfants dans la rue, à l'école, guettant leurs sourires. Les femmes dans des cuisines précaires ou à la lessive à la rivière. Les hommes au café ou dans les plantations. Et aussi les bals et le carnaval. Aux Antilles, "on y chante et on y danse, mais la misère est là", résume-t-elle. Résultat, un exotisme modéré et un regard plein d'empathie.

Denise Colomb, Pêcheur coiffé du bakoua, Martinique, 1958 (c) Ministère de la Culture, Médiathèque du Patrimoine, dist. RMNAimé Césaire utilise plusieurs de ses photos pour illustrer un article où il dénonce la misère du plus grand nombre des Antillais.

En 1958, Denise Colomb retourne aux Antilles pour la Compagnie générale transatlantique. Pour de la publicité donc. Il s'agit de promouvoir la beauté des îles et l'hospitalité des créoles. Son approche ne change pas radicalement. Quelques photos de misère en moins et quelques photos de plage en plus, la démarche de son premier voyage n'est pas contradictoire avec cette commande. Les photos de ses deux voyages sont d'ailleurs mêlées dans la première salle de l'exposition.

Lors de ce deuxième voyage, elle prend, parallèlement à des images en noir et blanc, des images en couleur, qu'elle utilisera peu. Elles sont projetées à l'Hôtel de Sully. Malheureusement, la subtilité des couleurs du Kodachrome perdent à la projection.

Denise Colomb aux Antilles, 1948-1958, Jeu de Paume, Hôtel de Sully, 62 rue Saint-Antoine, 75004 Paris, 01-42-74-47-75
tous les jours sauf lundi, mardi à vendredi 12h-19h, samedi et dimanche 10h-19h
tarifs: 5€ / 2,50€

Les Haïtiens se souviennent de Vertières


Événement historique pour Haïti et le peuple de cette première République noire indépendante du monde, il ne se passe jamais une année sans que les Haïtiens ne se remémorent la Victoire de Vertières.
Même éloignés du pays, ils ne sont pas prêts à oublier le 18 novembre 1803, jour où à Vertières, dans le nord du pays, les combattants de Jean-Jacques Dessalines – fondateur de la patrie – infligèrent une défaite inattendue aux troupes françaises. Ce fut une armée indigène composée essentiellement d'anciens esclaves qui remporta cette dernière bataille avant l'indépendance du pays, en janvier 1804, quelque deux mois plus tard. L'armée de Napoléon Bonaparte, commandée par le général Rochambeau, venait de capituler.

Cet exploit va, cette année encore, réunir les Haïtiens d’Ottawa-Gatineau. Il s'agira de la 206e commémoration. Une soirée de gala sera organisée, l'occasion pour les Haïtiens de la capitale nationale de réfléchir sur le présent et l'avenir de leur pays qui peine depuis des années à retrouver sa stabilité.

Georges Tamba

lundi, septembre 14, 2009

Hortefeux démission

Tu es jeune ou tu es vieux, tu es un homme ou une femme, tu veux assainir le paysage politique français, fais un geste de salubrité pour ton pays, signe la pétition et n'oublie pas de la faire signer par ta famille.

PETITION

dimanche, septembre 13, 2009

L'INSURRECTION DU SUD A LA MARTINIQUE Septembre 1870


Il y a 130 ans, une importante révolte embrasa le sud du pays : des milliers d'ouvriers et de paysans se soulevèrent le coutelas et la torche à la main contre le régime qui les oppressaient.

22 ans après la Révolution antiesclavagiste de 1848, c'est toujours le Second Empire en France avec Napoléon.III. Les anciens maîtres, les békés sont confortés dans leur domination malgré l'apparition d'une paysannerie composée pour l'essentiel de petits planteurs vivriers. Ils sont nombreux dans le Sud. Au lendemain de l'abolition, face au refus des anciens esclaves de se laisser exploiter, le travail obligatoire est instauré par le décret du 13 février 1852. En 1955, le gouverneur De Gueydon aggrave les conditions de travail par un nouvel arrêté.

Le travail est obligatoire à partir de 12 ans. Tout individu doit tenir un livret où sont consignés, entre autres, les conventions de travail, la régularité du travail… Ceux qui n'ont pas d'employeurs doivent s'inscrire au bureau de police. Mêmes les travailleurs indépendants subissent ces contrôles. Ils doivent pouvoir prouver en permanence qu'ils exercent une profession. A partir de 16 ans, tout individu doit payer un impôt personnel équivalent au salaire de 5 jours. Il doit avoir un passeport comportant un visa (payant) signifiant que l'impôt est payé.

Manifestement, tout est fait pour contraindre les nouveaux libres à aller travailler sur les habitations. Les békés avec l'appui de la monarchie française mettent en place un régime de servitudes avec son appareil répressif : amendes, prison, atelier de discipline…Les femmes aussi subissent ce régime.

A côté de ces mesures coercitives, le système organise l'immigration. De 1857 à 1861, 9000 africains (appelés Congo) sont introduits suivis ensuite par les immigrants de l'Inde. Les immigrants sont liés par un contrat de travail en principe renouvelable. En fait, ils viennent gonfler la masse des exploités dans les habitations. On estime qu'entre 1853 et 1870, la Martinique a reçu 30 000 immigrants (La population de la Martinique est d'environ 150 000 h). En 17 ans, 1 tiers des immigrants meurent !

Toutes les libertés publiques sont supprimées. Seuls les riches peuvent voter. La presse est censurée. L'école est plus chère. Cette politique permet de diminuer considérablement les salaires. C'était l'objectif. Inexorablement la misère grandit alors que les békés et l'Etat français s'enrichissent. Les premières usines modernes voient le jour. Le gouverneur Lapalin écrit « La Martinique est une poule aux œufs d'or que la Métropole a tout intérêt à ménager ». Le pays est contrôlé par un régime dictatorial et raciste : 10% de la population, les blancs maintiennent les noirs dans un quasi esclavagisme C'est dans ce contexte qu'éclate l'affaire Lubin.

En février 1870, Léopold Lubin, jeune agriculteur, noir est sauvagement par blanc Augier de Maintenon, au Marin. Lubin ne leur aurait pas céder le passage. Ce dernier devant le refus de la justice coloniale de punir les coupables, décide de rendre justice lui-même. Il corrige de sa cravache Augier de Maintenon. Arrêté, il est condamné à 5 ans de bagne et à une lourde amende par un jury de blancs : justice de classe et de race.

Immédiatement après la condamnation, le soulèvement se prépare, à Rivière-Pilote. Dès le 2 septembre, des incidents sont signalés. Parmi les organisateurs on trouve Louis Telgard, Eugène Lacaille, Auguste Villard et Daniel Bolivard. Ils veulent infliger un châtiment aux blancs racistes, confisquer les grandes propriétés, instaurer un République Martiniquaise… Le 22 septembre, Telgard et Lacaille sont au bourg avec plusieurs centaines de personnes scandant « Mort aux blancs, mort à Codé ». Codé est un grand propriétaire blanc, un de ceux qui a fait condamné lourdement Lubin. Dans la soirée, ils se rendent sur l'habitation Codé. Elle est incendiée. C'est le début de l'insurrection. Dès le lendemain, elle se propage à tout le Sud. Ouvriers agricoles, ouvriers des bourgs, immigrants participent massivement à la révolte.

Les habitions flambent. Codé sera tué le 24. Pendant ce temps les blancs s'organisent. On fait appel aux troupes (1500 hommes), aux volontaires pour mater la révolte. La répression est terrible. Des dizaines de travailleurs sont massacrés. Il y a plus de 500 arrestations. Un climat de terreur s'installe à la mesure de la peur qu'on eue les blancs. Une parodie de justice condamna lourdement les insurgés. Les principaux chefs furent exécutés, sauf Telgard qui réussit à fuir à Ste Lucie. D'autres furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité, à la déportation…

Analyse du mouvement

Les évènements de septembre 1870 se situent à un moment charnière de l'histoire de notre pays. Cette insurrection a des caractéristiques particulières qu'on ne retrouve ni dans les luttes anti-serviles d'avant 1848, ni dans les luttes ouvrières qui apparaîtront à compter de 1900.

On peut considérer qu'il y a trois caractéristiques essentielles à cette insurrection qui en font un évènement majeur de notre histoire.

Premièrement, les éléments historiques en notre possession, en dépit des difficultés à connaître l'exacte vérité vu l'absence d'écrits émanant des insurgés eux-mêmes, permettent de penser que cette insurrection a été pensée, réfléchie par un groupe d'hommes et de femmes sachant parfaitement ce qu'ils faisaient et voulaient. Nous ne sommes pas en présence d'une simple révolte spontanée contre la misère et l'exploitation. S'il est vrai par exemple que l'affaire Lubin (ce jeune nègre incarcéré après avoir tenté de se venger de l'agression d'un blanc) a un rôle mobilisateur dans l'insurrection, il reste indéniable que même sans cela, un mouvement insurrectionnel était en préparation.

Deuxièmement , pour la première fois est posée la question essentielle de la possession de la terre. Il faut bien voir que l'insurrection du Sud a lieu 22 ans après l'abolition de l'esclavage et suite au régime impérial de Napoléon III. Si les esclaves avaient arraché leur liberté, celle-ci était formelle. Il n'existait pour eux pratiquement aucune possibilité de pouvoir échapper au travail sur les habitations des anciens maîtres. Les grands moyens de production (terres, usines à sucre) étaient toujours aux mains de la caste blanche. Dans le sud du pays, une petite classe de petits paysans avait réussi à se constituer, elle sera le fer de lance et le moteur de l'insurrection. On retrouvera aussi parmi les insurgés une partie des « Congos » qui avait été déportés après l'abolition de l'esclavage. Leur revendication est celle de la terre. D'ailleurs dans le peu de jours où l'insurrection dominera, on a assisté à un début de partage des terres des békés. Les insurgés ne se battent donc pas pour obtenir une simple amélioration de leurs conditions de vie mais avant tout pour avoir à leur disposition un outil de travail essentiel, la terre. En cela, le mouvement insurrectionnel se distingue de tout ce qui va suivre car il faudra attendre un siècle, pour que soit remise à l'ordre du jour la question d'une authentique réforme agraire qui ne peut passer que par l'expropriation de la terre aux mains des descendants des esclavagistes.

Troisièmement, cette révolte a un caractère nationaliste. Les insurgés ne s'opposent pas seulement à la caste béké pour la terre mais aussi au colonialisme. C'est une révolte frontale et pas simplement une lutte contre les conséquences du colonialisme. C'est la présence française, alliée des békés, qui est directement remise en cause. On sait que les insurgés vont se réjouir de la défaite française à Sedan contre la Prusse et qu'ils allèrent brandir un drapeau (rouge et noir) ou (rouge-vert-noir). Ainsi, c'est la première fois depuis la résistance des Caraïbes au début du XVII siècle que la présence française est remise ainsi en cause. Là encore, il faudra attendre près d'un siècle pour que cette question soit à nouveau posée.

Cette insurrection a par la suite été reléguée aux oubliettes de l'histoire. Comme pour la révolution abolitionniste, le colonialisme, aidé en cela par le mouvement assimilationiste, a voulu ôter de la mémoire de notre peuple que ses ancêtres avaient résisté à l'oppression.

Se rappeler l'Insurrection du Sud n'est donc pas une simple commémoration. Il s'agit avant tout d'une part de voir que notre peuple a une histoire (avec ses héros, ses défaites, ses victoires) qui lui est propre et différente de celle de la France et d'autre part de constater que les questions posées en 1870, celles de la terre et du contrôle de notre destin, sont toujours d'actualité.

dimanche, septembre 06, 2009

Chroniques Saint-louisiennes



A la mode du pays - Chroniques Saint-louisiennes d’Antoine François Feultaine Saint-Louis du Sénégal 1788-1835 par Sylvain Sankalé- 381 pages
Saint-Louis sous occupation coloniale d’avant Faidherbe


L’histoire de Saint-Louis fut très simple. Occupée momentanément en 1693 par les Anglais elle ne connut en fait qu’une longue période de domination britannique. Dans ce livre, l’avocat Sylvain Sankalé, lointain descendant d’Antoine Feultaine, revient sur cette ville sénégalaise, perçue à l’époque comme un terreau d’expérimentation sociale unique au monde, avant que la colonisation militaire du général Faidherbe n’éradique ses particularités.

Saint-Louis du Sénégal, 1788 : un jeune militaire, fils d’amidonnier de la ville de Metz, débarque en Afrique pour y faire fortune. 1835 : Quelque cinquante ans plus tard, au soir de sa vie, il raconte à ses petits-enfants la chronique des guerres, naufrages, missions, explorations qui firent de cette île à l’embouchure du fleuve un terreau d’expérimentation sociale unique au monde, avant que la colonisation militaire du général Faidherbe n’éradique ses particularités. Mariages sans curé, enfants naturels reconnus, jardin d’acclimatation pour plantes venues d’ailleurs, objet de juridictions sensées et pragmatiques faites tout express pour une société métissée, joyeux repaire de farfelus, brigands, exaltés, aventuriers ou braves gens, Saint-Louis du Sénégal est aussi la ville où débarquèrent en 1816 les survivants de la frégate naufragée la Méduse. Antoine Feultaine, témoin privilégié, époux d’une femme noire dont il a cinq enfants, incarne un moment d’histoire englouti avec la colonisation.

Lointain descendant d’Antoine Feultaine, Sylvain Sankalé, avocat, a travaillé sur les archives du Sénégal, de France et d’Angleterre, ainsi que sur les matériaux laissés par son aïeul. Le chevalier de Boufflers, titre qu’il préférait conserver compte tenu des bénéfices que lui accordait son statut de chevalier de Malte, même s’il avait récupéré à la mort de son frère aîné le titre familial de marquis, n’aimait pas Saint-Louis et lui préférait Gorée. Là-bas il avait, à ce qu’on dit, mené une vie insouciante, tout en prétendant rester fidèle à celle qui était déjà la femme de sa vie, avant de finalement devenir son épouse, la brillante comtesse de Sabran. Gorée bruissait encore de l’écho de ses mille et une fantaisies, des fêtes données en son honneur par la Signare Anne Pépin, la fille du chirurgien, qui affichait, sans grande pudeur, le penchant qui les animait mutuellement. Venu au Sénégal pour y chercher gloire et fortune, le chevalier de Boufflers en repartit sans acquérir ni l’une ni l’autre.

Avide de sensations, avide de faire frissonner son auditoire à l’évocation des sauvages qu’il n’a jamais vus que de loin et débordant de générosité dénonçant la barbarie de l’esclavage, sans avoir jamais rien fait pour s’y opposer dans les faits. La chance de Boufflers aura été d’être secondé par un homme énergique, efficace, et suffisamment peu soucieux de sa carrière pour ne pas lui porter ombrage, celui qui resta pour tout ce brave colonel Blanchot. En décembre 1787, Blanchot avait décidé d’aller en voyage d’exploration en direction des côtes s’étendant entre Gorée et la rivière de Sierra Leone.

Rentré à Gorée après à peine un mois de navigation, Blanchot adressa au ministre son rapport de tournée et sollicita l’autorisation de rentrer en France. L’histoire de Saint-Louis fut très simple. Occupée momentanément en 1693 par les Anglais elle ne connut en fait qu’une longue période de domination britannique.

Dans la deuxième partie, Feultaine traite de l’âge des responsabilités au midi de sa vie (1816-1826). L’idée d’une mise en valeur effective des comptoirs africains n’était pas une nouveauté. Il est certain que la politique de la France, que Schmaltz était chargé de mettre en œuvre au Sénégal, relevait d’une approche plus économique que mercantile de l’exploitation pratique des colonies françaises. La rupture avec ce que l’on commençait à appeler l’Ancien Régime était cependant manifeste. Tous les efforts déployés par le gouvernement royal, et même ceux issus de la Révolution et l’Empire, avaient pour seule ambition de faciliter le commerce, notamment, dans les premiers temps, en accordant un monopole à une compagnie privilégiée.

Les comptoirs d’Afrique semblaient être des réservoirs inépuisables d’esclaves, marchandise d’excellent rapport, n’exigeant que de faibles investissements de la part de l’Etat. Il n’y avait aucun effort soutenu à faire, aucune incursion dans l’intérieur, aucune guerre, aucune campagne armée. Les potentats locaux se chargeaient de conduire les cargaisons sur la côte. Avec les dispositions du deuxième traité de Paris consacrant l’abolition de la traite, la question de la substitution d’autres sources d’enrichissement en Afrique prit une acuité nouvelle. Désormais, il s’agissait d’aller au devant de la main d’œuvre naturelle, là où elle se trouvait, c’est-à-dire en Afrique. L’agriculture devenait ainsi la principale préoccupation du gouvernement.

Toutefois, incidemment d’autres secteurs d’activité économique avaient retenu l’intérêt. Il en alla ainsi de la pêche qui attira l’attention de quelques-uns, comme cet Abbé Braudeau. Mais le projet de fonder une compagnie royale de pêche se heurtait aux pillages pratiqués par les Maures. Il ne connut en définitive aucune suite immédiate. Il en alla de même pour les fabuleuses mines d’or du Bambouk vantées par tous les voyageurs depuis le quinzième siècle, et dont Lauzun, puis Durand se firent les hérauts.

Dans la troisième partie du livre, Antoine Feultaine s’intéresse à la période (1826-1835) où tout est réglé et un monde s’achève. Le Baron Roger sollicitait le ministre Chabrol de vouloir bien pourvoir à son remplacement. A sa place fut nommé Gerbidon. Dans son rapport du 25 août 1827, sa conviction était définitivement établie : ‘L’expérience n’a pas confirmé les espérances conçues et le Sénégal ne paraît pas destiné à devenir jamais une colonie à cultures.’ En septembre 1827, Richard, jardinier du roi, dégoûté du Sénégal, partit en congé de convalescence, avec la ferme intention de ne plus revenir. Il aurait en définitive continué sa carrière à l’île Bourbon où il s’est installé en 1830.

Après Gerbidon, le gouvernement a nommé le commissaire Principal de la marine, Jubelin, Sous-directeur des colonies et ayant déjà eu à remplir des fonctions d’ordonnateur en Guadeloupe. Il communiqua à la politique agricole une activité nouvelle et dressa tout un programme agricole avec l’assistance des anciens collaborateurs de Roger. Le 10 mai, Brunet, toujours inspecteur des cultures, déposa un rapport constatant l’échec de la culture du coton. Il invita les autorités à renoncer à toute espérance concernant l’indigo et déclara que les entreprises de colonisation étaient condamnées.

Jubelin écarta d’emblée la possibilité d’envoyer les enfants s’instruire en France ; il rejeta le recours à la langue arabe qui n’est en fait réellement maîtrisée que par une faible proportion de mahométans, pour aboutir à la conclusion que c’est la langue Ouolof qui régnait presque exclusivement dans la colonie et même les enfants européens parlent le Ouolof au moins autant que le français. Il était du plus haut intérêt d’effacer graduellement ces différences d’éducation, de langage et de mœurs qui sont ici les seuls obstacles au rapprochement et à la fusion de toutes les classes, puisqu’ aucun préjugé ne les divise d’ailleurs.

Epinat partit de son propre chef en 1832 et fut remplacé par Jean Dard qui n’avait pas renoncé à ses méthodes. Mais Jean Dard devait décéder à Saint-Louis en octobre 1833. Le gouverneur Pujol vient de soumettre au ministre sous le titre d’Arrêté concernant l’organisation et le régime intérieur de l’école de Saint-Louis. Le gouverneur Brou continua la politique commencée en 1827, de reconversion des personnels indigènes, essentiellement constitués d’engagés à temps, captifs enrôlés dans les compagnies des troupes noires, ou dont l’exercice des facultés de rachat, avant leur libération à terme, fut facilité.

Brou triomphait des Maures. Il put imposer à Mohamed El Habib de renoncer à ses incursions dans le Oualo pour y lever des impôts. Le commerce, qui se faisait sur la rive droite du fleuve, était protégé contre les troubles du Oualo et dans les meilleurs termes avec les Trarza. Le Oualo, miné par une triple crise économique, politique et sociale, dépourvu d’intérêt du fait de l’abandon du projet agricole, était livré à lui-même et n’allait pas tarder à sombrer dans une guerre de succession encore plus âpre que les précédentes. Un demi-siècle avait été aboli, le Sénégal était redevenu, à la satisfaction générale de sa population, un banal comptoir. La population du Sénégal dans son ensemble a toujours préféré, aux travaux manuels ou agricoles, les satisfactions du négoce, ses marchandages, ses tromperies, ses ivresses, ses fortunes aussi acquises que perdues.

Le commerce bordelais était pour l’essentiel composé de jeunes gens de modeste origine venus tenter fortune au Sénégal. Souvent originaires du Tarn, ils créèrent, dès que leurs affaires fructifièrent, des têtes de pont à Bordeaux où ils installèrent tel ou tel membre de leur parenté. Les plus importants des négociants sont aujourd’hui, outre Prom, Devès, Maurel, Teisseire, Lombard Monteillet, Gasconi, Régis et Calvé. Quelques mulâtres leur tiennent la dragée haute dont François Valantin, mais ils ne sont que trois ou quatre en face de la vingtaine de négociants européens.

A côté de ces négociants blancs se trouvent les marchands, modestes détaillants ou grossistes, échangeant marchandises européennes contre produits locaux. Il se dit longtemps que la famille Maurel se fit doublement du gouverneur son obligé d’une part en obtenant sa nomination et d’autre part en acquittant les lourdes dettes de jeunesse dont Faidherbe, issu d’un milieu social modeste, était encore affligé. Energique et volontaire, Faidherbe insuffla au Sénégal, en deux séjours totalisant dix ans (1854-1861/ 1863-1865) un véritable vent de changement. Il s’est rendu sympathique par sa connaissance approfondie de la population noire et de la culture islamique. Peu favorable aux métis et allié manifeste des Bordelais, il fut un adversaire déterminé de la mode du pays.

Ce livre bien écrit est une contribution très importante à la connaissance de l’histoire économique et sociale qui reste à faire.

Amady Aly DIENG